Dans toutes les bouches se profilent deci delà des vœux de bonne santé. Les portables vibrent. C’est une avalanche de textos autour du tintement raffiné des coupes de champagne. De bons vœux pour les proches ou les plus éloignés, du président aux voisins de palier, le monde se transforme en bienveillance, aussi planétaire que (malheureusement) éphémère.

Ce jaillissement mondial de bonnes intentions n’est pas désagréable. Les bons vœux affluent dans un élan de générosité exponentiel ! Parmi les vœux les mieux classés, le fameux « bonne santé » est le « best of » absolu. C’est un peu le socle nécessaire à l’accomplissement de tous les autres (travail, argent etc…) et il nous ramène inévitablement à l’importance non négligeable que revêt notre corps.  

Mais ironie du sort, on se souhaite une « bonne santé » au moment même où l’on s’autorise tous les excès. Alcool, tabac ou repas « à rallonge » : on voudrait bien être en bonne santé, mais si cela pouvait venir sans effort. Tout cela d’un petit coup de baguette magique, façon Harry Potter, cela nous conviendrait plutôt bien !

Manger cinq fruits et légumes par jour, bouger plus, ne plus grignoter : la santé préoccupe à grande échelle. C’est dire nos carences en terme d’hygiène de vie. Pourtant les propositions sont nombreuses et l’offre diversifiée : gym tonic, aérobic, stretching.  Ou plus dépaysant encore : le yoga, le Taï Kwando, le Reïki, le Shiatsu…On en perd son latin. D’autant que certaines « flirtent » avec des spiritualités venues d’ailleurs. Bref, que l’offre nous convienne ou pas, le souci de fond reste bien là ! « La vie et la santé physique sont des biens précieux confiés par Dieu »1. Nous devons prendre soin de notre corps. La vindicte populaire n’est donc pas dénuée de bon sens !

Souvent chez les cathos (que nous sommes), nous n’avons pas le temps d’appliquer une « crème de jour ». Entre les familles nombreuses, les ministères et la pastorale, quelle place attribuons nous au corps ? Quelques fois, nous l’idéalisons, parfois nous le rejetons, souvent nous l’ignorons ! Il serait urgent d’en avoir une idée juste. Pour cela, pourquoi ne pas faire un petit plongeon dans les sources bibliques afin d’éviter certains malentendus ?

A travers l’Ecriture, se profilent des réponses insoupçonnées qui donnent au corps une place surprenante : De la Genèse, qui place le corps humain au sommet de la création divine, jusqu’à l’injonction de Saint Paul qui scande « ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint Esprit ? » (2).Nous pouvons réaliser que l’Eglise ne fait pas un « déni » du corps mais bien au contraire lui accorde une place sacrée. C’est ce que révèle Yves Semen, auteur et docteur en philosophie, en deux ouvrages qui étudient la Théologie du corps de Jean Paul II. (3)

Nous venons de fêter un Dieu qui s’est fait chair, un Dieu incarné… alors le corps on ne peut plus vraiment l’ignorer. Mais nous pressentons aussi qu’une bonne santé ne se résume pas à une température corporelle à peu près égale à 37.5 ou à un visage juvénile (ce qui n’est pas désagréable non plus !). La bonne santé chrétienne serait plutôt de l’ordre d’une vie unifiée, d’une plénitude d’être où corps et âme se rapprochent de son créateur… Alors, bonne année et bonne santé à tous !

 


 

1 CEC 2288
2 1 Cor, 6.19
3 Yves SEMEN, La sexualité selon Jean-Paul II, presses de la renaissance, Paris, 2004 ; du même auteur la théologie du corps selon Jean Paul II.
 La Théologie du corps fait référence à une série de 129 conférences données par le pape Jean-Paul II lors de ses audiences du mercredi sur la place Saint-Pierre, de septembre 1979 à novembre 1984. Il s'agit du premier enseignement majeur de son pontificat, et du plus long enseignement (696 pages) jamais donné par un pape sur le même sujet. Ces audiences sont réunies sous le titre Homme et femme il les créa, publié chez Cerf.

Images empruntées sur le net