Le chant final se termine. C’est un joyeux « Ite Missa est » sous forme de concert polyphonique à l’harmonie incertaine. Les plus pressés s’esquivent, les plus priants s’agenouillent, les têtes en l’air cherchent leurs clés, les quêteurs associatifs filent à la porte. En quelques secondes, les portes engorgées donnent l’impression que l’Eglise était pleine. Les jeunes parents ébouriffés se relaxent, les générations se croisent et les conversations s’entremêlent en un joli mélimélo de nouvelles, de joies et de peines.

On y entend deci delà des : « Y’a plus de saison ! » arrosés d’une croustillante pointe d’accent du terroir. « C’est plus ce que c’était ! », « Rien ne va plus !» voilà qui retranscrit en quelques mots une analyse morale et géopolitique poussée. Comme le dit la Constitution pastorale Gaudium et Spes : « Il importe de connaître et de comprendre ce monde dans lequel nous vivons, ses attentes, ses aspirations, son caractère souvent dramatique1». Alors, fidèles au Concile Vatican II, nous ne nous privons pas de scruter les signes des temps. Ce qui monopolise même la plupart de nos conversations !  Mais il y a un hiatus : nous oublions d’interpréter tout cela « à la lumière de l’Evangile2 » Du coup, dans nos constats, se glisse comme un brin de pessimisme ambiant !


Il faut dire qu’il y a de quoi être inquiet ! Trois minutes de journal télévisé offre un panel significatif de la misère humaine. Alors, nous sommes chrétiens peut-être … mais pas naïfs ! Pas de quoi sauter au plafond. (D’autant plus qu’il est haut dans les églises.) On écoute la Bonne Nouvelle mais on médite essentiellement sur les mauvaises.  Du coup, on dépose allègrement nos « tressaillez de joie » au pied de l’autel pour replonger dans nos humeurs atrabiles une fois sur le parvis.

Certains Vénérables, Bienheureux ou Saints ont ardemment combattu le pessimisme ambiant, ce côté sombre de l’humanité.
« Nous n’avons pas désespéré de notre temps, de notre pays, de nos frères.* » affirme le Vénérable Père le Prévost qui côtoyait la misère ouvrière de la fin du XIXème siècle. De même, à quelques siècles d’intervalle, en pleine guerre froide, le bienheureux Jean XXIII avec sa bonhommie naturelle     arbore un optimisme à toute épreuve. Au chœur de cette crise mondiale où les missiles sont prêts à l’emploi, il s’insurge contre toute tendance catastrophiste : « Il nous semble nécessaire de dire notre complet désaccord avec ses prophètes de malheur qui annoncent toujours des catastrophes, comme si le monde était près de sa fin*. »


Voilà qui nous remet en question.

Nous oscillons entre deux tendances à bannir : l’idéalisme naïf et le pessimisme morbide. Alors, quelle est la « juste attitude », la « chrétienne touch » « le Bible style » ? C’est l’Evangile, bien sûr !

Alors, le pessimisme est-il vraiment chrétien ? Au vue du malaise ambiant, on pourrait dire que tout l’explique, mais, à la lueur de l’Evangile rien ne le justifie ! Aussi, la joie et l’optimisme ne manifestent pas un manque d’intelligence mais plutôt un enracinement dans l’Espérance et la Foi chrétienne. Voilà de quoi transformer nos conversations dominicales en exaltations spirituelles !

 




1  Gaudium et Spes 4
2  Ibid
3 Fondateur des Religieux de Saint Vincent de Paul . Ref. André FLACHOT, JL Le Prévost PRIERE ET ACTION, édition Saint-Paul
4 La documentation catholique, n°1387, 4 novembre 1962, col. 1380-1383 ; extrait du livre de Daniel MOULINET, Le Concile Vatican II, ed. Tout simplement


Images empruntées sur le net