Tiens, il n’est pas là aujourd’hui ? D’habitude vous le remarquez à peine, mais aujourd’hui, c’est son absence qui vous interpelle ! Vous enquêtez ! Cela vous intrigue. Ce n’est pas que l’on soit proche …mais il fait un peu parti du décorum.

Vous posez la question à votre entourage.
Mais, impossible de trouver son nom ! Comment s’appelle-t-il ?
Le constat est fatal. Cela fait des années que vous le saluez, vous ne le connaissez pas. Vous le voyez sans le voir, et les formules de politesse lancées à la sauvette (d’une banalité effrayante) n’ont pas permis une vraie rencontre, une connaissance commune. C’est une habitude, le pli est pris. Qu’il ait gagné à l’euro million ou qu’il soit sorti de prison…on ne s’est jamais vraiment posé de question.

Comment le décrire ? Vous vous lancez  alors dans une description délicate. Un vrai exercice de funambule: «  Eh, bien, c’est une personne plutôt … enveloppée, hum…classique, réservée…mal rasée… » On n’est pas toujours né physionomiste ! Et puis, les descriptions, c’est souvent risqué, toujours un peu caricaturales. Pas question de souligner des traits marqués, une taille trop dessinée, un style  franchement vieillot ou trop branché.
C’est tout de même commode d’appeler les gens par leur nom !

Mais qui est-il ?
Vous voyez de qui je parle ? L’inconnu du palier d’en face, la pieuse dame que je double machinalement lorsque je suis en retard à la messe.

Nous avons tous nos anonymes… voir nos catholiques anonymes (1). Ceux de nos paroisses ou de nos quartiers. Ceux avec qui l’on communie sans réelle communion.
Allez savoir pourquoi il y a des personnes avec qui nous lions instinctivement la conversation et d’autres avec qui nous ne le faisons jamais.

Dimanche prochain, disons que c’est la saint « trucmachin ». Finis les qualificatifs hasardeux! D’un pas engagé, d’humeur liante, allons  résolument prendre du temps avec ce « paroissien inconnu ».
Finis les accolades, bravons les copinages ! Dimanche prochain, c’est la fête des « Messieurs tout le monde », des « bidules », des « trucmuches », des « machins-trucs » (bref, des inconnus, des anonymes) … de ceux qu’il nous coûte de rencontrer vraiment ...de ces amis, qui ont tout à nous faire découvrir et qui nous ferons regretter de ne pas les avoir côtoyés avant !


1 Référence à Catholiques anonymes, livre de Thierry Bizot.